Ete 2010

Eté 2010


Projet éducation - ouest Sichuan

Témoignage d'une volontaire (à télécharger ici)

Kautar, Sershul
"Ma mission était de monter un projet dentaire, le premier projet dentaire moderne de toute la région. A la fin de mon engagement, ce projet a donné de la fierté non seulement à l’hôpital mais à tous les Tibétains de la région ; il leur a donné confiance en leurs compétences et en leur avenir médical. Ce projet reste plus que symbolique pour eux, d’autant plus que les besoins dentaires à Sershul étaient énormes. (…)
Pour ce projet, il a fallu tout mettre en place et ce n’était pas évident. Mais une fois cet obstacle dépassé, on a pu mener un projet complet assurant la sensibilisation, l’apprentissage et les soins, tout en passant par l’équipement du cabinet et les déplacements pour mettre en contact les étudiants avec les fournisseurs et les dentistes chinois. (…)
Ce projet a été mené jusqu’au bout avec beaucoup d’amour de la part des bénévoles, et surtout de tous les Tibétains responsables : directeur, médecins, étudiants, et même patients. Ce fut un travail de groupe ou plutôt de famille. (…)
En passant du temps à échanger avec les femmes de la cuisine, des blagues mêlées de sérieux avec les médecins de l’hôpital, des discussions spirituelles avec des nonnes, ou des paroles sympathiques avec de simples passagers.... on découvre par soi-même comme c’est facile d’établir des relations humaines au Tibet, juste besoin d’un petit sourire et d’un cœur ouvert. Le reste vient de lui-même."

Eva Rivat, professionnelle de la santé (CHUV) :
« A la clinique, j’ai pu observer  le dévouement admirable du personnel soignant. Ils font preuve d’une grande disponibilité, ne comptant pas leurs heures et travaillant pour un salaire modeste, cela sans se mettre en avant et avec ce sourire qu’ils gardent en toute circonstance.
Les moyens dont ils disposent sont sommaires : le bâtiment est vétuste, ils ne bénéficient pas d’eau courante et les toilettes sont un trou dans une planche. Il y a une douche commune et payante pour tout le village ; le manque d’hygiène est donc préoccupant, ainsi que le besoin de connaissance médicale.
J’ai assisté à des actes médicaux qui, de mon point de vue de soignante occidentale, serrent le cœur. Comme ce petit moine qui a du être recousu sans anesthésie, ou encore cette femme à la jambe infectée, qui devait revenir quotidiennement sans amélioration notable de son état.
(…) Un autre pan de notre activité était l’observation. Il en est ressorti qu’une des plus grandes urgences était de développer les connaissances en médecine occidentale des soignants et les structures permettant une hygiène de base optimale, cela permettant à notre sens de réduire sensiblement la mortalité, notamment infantile. »

Gabriele de Angelis, enseignant :
« (…) Tous les jours, plus de 90 patients se rendaient à la clinique pour des problèmes en tout genre. Certains pensaient que j’étais médecin ! Ils me montraient leurs divers maux.
Même sans formation médicale, je comprenais déjà que les moyens limités de la clinique de Sershul ne pourraient répondre à la gravité de leur maladie. L’entrave financière était la cause principale du manque de possibilité de soins. Les maladies, même bénignes, dégénèrent violemment dans de telles conditions.
Et que répondre à ces gens lorsqu’ils témoignent de leur souffrance ? Un père accompagnait son fils de 30 ans atteint probablement d’une hépatite. Le trentagénaire paraissait avoir 10 ans de plus, rongé par la maladie. La famille venait de dépenser son maigre revenu pour le soigner dans une autre clinique de la région. En vain ! Celle-ci se retrouvait fatalement sans argent et sans aide…
(…) Pour moi, ce projet a clairement mis en évidence les besoins tant au niveau de la qualité des soins (formation du personnel), de l’apport de matériel adéquat que d’un soutien financier pour l’amélioration globale de la clinique.
Le questionnaire mené auprès des patients a permis, en outre, de ressentir et d’identifier des problèmes qui ne sont pas le fruit de notre projection mais le témoignage vivant des habitants de Sershul.
(…) Et le plus beau cadeau pour moi serait d’observer une maman qui tient son bébé dans les bras, heureuse d’avoir pu le mettre au monde sans risquer de le perdre… »


Diane, étudiante EPFZ :
Quand on voyage, demander à notre voisin de quel pays il vient fait partie des questions les plus courante après son nom et savoir si les douches sont libres. Cela sert à combler le silence certes, mais aussi à se rendre compte de la façon dont le reste du monde perçoit notre pays. Jusqu’à ce que j'arrive à Sershul, la plupart des personnes que j'ai rencontrées m’ont dit que j’avais de la chance de vivre en Suisse car c’était un pays riche, l’eldorado de l’UBS. Les Tibétains m'ont aussi tous dit que la Suisse était un pays où il fait bon vivre. Par contre, ils ont été les premiers à me dire que c’était parce que on y vivait libre.

Quand je suis arrivée à Sershul, j'ai immédiatement remarqué les paysages. Pour une Suissesse habituée à avoir soit une montagne soit un immeuble devant ses yeux, l'espace d'un grand plateau seulement coupé par des collines avait tout d'une nouvelle liberté. Xining la métropole chinoise où j'ai atterri était déjà bien loin! Toutefois, malgré les différences, je me suis tout de suite sentie à l'aise. L'accueil chaleureux des gens de la région y était sûrement pour beaucoup. Entre tsampa et thukpa (=soupe de nouille), je découvrais une vie très différente de celle que j'avais à Zurich.
Toutefois, pas le temps de souffler. Dès le surlendemain de mon arrivée, Alexandra et moi sommes reparties pour un petit village au sud de Sershul, Ombo.
Dans ce village, Norlha aide un lama motivé par les questions d'environnement à mettre en place un système de recyclage des déchets.
Plus précisément, dans ce cas, cela veut dire donner des conseils pratiques sur la gestion des déchets, discuter du budget et faire de la sensibilisation à l'environnement pour les habitants et les enfants du village.
Plein de travail dans un contexte social et dans une langue que je ne connaissais pas. Heureusement qu'Alexandra était là pour m'aider.

A Ombo, nous vivions dans la famille de notre partenaire local. Une occasion en or de découvrir la vie tibétaine “pour de vrai”. Il y a donc des yaks (qui nagent si si), du fromage qu'il faut sécher dehors en buvant du thé au lait, beaucoup de rire et quelques chiens pas très accueillants. Alexandra et moi étions un peu la curiosité de la semaine dans ce petit village et mes tentatives de tibétain (15 mots maximum) m'ont vite fait plein d'amies. Après une semaine à Ombo, nous sommes rentrées à Sershul en faisant escale dans un autre village appelé Junyung.

C'était jour de festival et donc un très bon moment pour faire un peu de sensibilisation dans ce village. La population était motivée à nous aider et on a donc ensemble ramassé les déchets déposés durant le festival. J'ai aussi pu profiter du festival et observer plusieurs courses de chevaux. Impressionnant de voir ces animaux au galop. Après deux jours de voyage, j' étais de retour à Sershul Gompa. J'étais bien heureuse de retrouver un lit après une semaine à dormir sous tente!

En plus, j'ai pu faire connaissance d'autres bénévoles de Norlha qui aidaient dans la clinique et à l'école. A Sershul Gompa, un projet similaire à celui mis en place à Ombo (récolte des déchets recyclables et ménagers) était en train de s'organiser. Dans une contrée aussi reculée cela n'est pas facile.

Par exemple, en hiver la température peut tomber jusqu'à -40°C et les vents peuvent être tempétueux. Comment collecter les déchets dans ces conditions? Il faut trouver à ces problèmes des solutions efficaces. Par chance, les partenaires locaux connaissent bien la région et ont souvent des bonnes idées.

Il est aussi important de propager des concepts concernant les déchets pour que toute la population se sente concernée et prennent part à la collection des déchets. Pour cela, je me suis déplacée dans les écoles et dans les festivals. Faire des cours dans les écoles était toujours un bon moment. J'aime bien le contact avec les enfants et répondre à leurs questions. Ils m'ont souvent posé des “colles” et, sans internet ni livre, il faut une bonne mémoire pour ne pas dire de bêtises. Avec tout cela, sans même que je m'en rende vraiment compte, un mois était déjà passé et il était temps de retourner à Ombo.

Je pensais déjà être une “vétéran” de la vie tibétaine mais des surprises m'attendaient encore. Par exemple un voyage en motocyclette sans casque, sans route et... sans pont (voir photo ci-contre). J'avais sûrement une drôle de tête en passant sur ces plaques de fer instables. Enfin tout s'est bien passé et on a pu monter ainsi au monastère de Trikar.

Là des habitants ont proposé de faire un projet similaire en collaboration avec le village d'Ombo qui se trouve à une dizaine de kilomètre. De retour à Sershul, j'ai fait connaissance avec Erik, un volontaire de Norlha qui va suivre le projet environnement quand je serais de retour en Suisse. Pendant que je lui expliquais les détails du projet, on a continué à organiser les systèmes de collection. Après le travail, on a aussi mis à profit notre temps à découvrir la culture locale. Par exemple on a passé une nuit dans une tente nomade et on a goûté tous les yogourts au lait de yaks possibles. Puis, c'était déjà le moment de repartir. J'étais triste de quitter ma vie tibétaine mais impatiente de retrouver la Suisse, ma famille, mes amis et... l'eau courante.